Interview - Jordan Officer

Publié le par Alexandre F.

Interview - Jordan Officer

Jordan Officer est un musicien canadien, né à Montréal en 1976. Grâce à de nombreuses collaborations avec des musiciens d'univers différents, allant du jazz au blues, en passant par la country et le rock, Jordan Officer a su développer et élaborer son propre univers. C'est au sein du Susie Aurioli Band, qu'il a formé avec la chanteuse du même nom, qu'il a eu la chance de se produire en première partie de Ray Charles. En 2010, il démarre une carrière solo et le pari est réussi : son premier album recevra le prix Album Of The Year – Jazz Creation, décerné par The Quebec Music Industry Association. C'est en juillet 2013 que Jordan Officer décide de revenir à un style musical qu'il affectionne particulièrement : le blues. Il enregistre donc son deuxième album, I'm Free, à New-York.

Blues & Folk vous propose de (re)découvrir Jordan Officer et son travail dans un entretien qu'il nous a récemment accordé.

Blues&Folk: À l’écoute de votre dernier album, il semble flotter une subtile influence de Stevie Ray Vaughan et d’autres grands guitaristes virtuoses. Quelles sont vos influences principales en matière de jeu ?

Jordan Officer: Il y a beaucoup d'artistes qui m'ont influencés au fil des années, et pas juste des guitaristes. En terme de guitare, j'ai beaucoup été marqué par T-Bone Walker et Charlie Christian. Mon style de jeu se situe toujours entre le jazz et le blues et T-Bone Walker est un guitariste et chanteur de blues qui m'a montré comment des sonorités et des approches plus jazz pouvaient exister dans le blues. Et le jeu de Charlie Christian est venu me chercher puisque lui était un guitariste jazz mais avec une approche très blues, avec un son et un rythme très musclé comme on pourrait retrouver plus typiquement en blues.

B&F: Dès le premier titre, vous annoncez le ton blues de l’album. Mais pourquoi ce retour au blues après avoir joué dans différents styles ?

J.O: Le blues a toujours été au cœur de ma façon de m'exprimer en musique peu importe dans quel style, et a été aussi ma première passion musicale. Lorsque j'ai habité à New York j'ai vite compris que pour me démarquer dans une ville ou il y avait autant de talent et ou le niveau était tellement élevé la seule façon était d'être vraiment moi-même. Donc ça m'a amené vers un style plus personnel et aussi dans un retour vers le blues. Je me sens vraiment chez-moi dans le blues, et en plus tous les autres styles que j'aime peuvent s'y retrouver très facilement ce qui me plait aussi.

B&F: Comment avez-vous travaillé pour ce dernier album, que ce soit pour la composition musicale ou l’écriture ?

J.O: L'approche principale a été de vivre le moment présent. D'être dans des situations par exemple dans un studio comme le Sear Sound à New York avec un musicien comme Charley Drayton, on sait que c'est un moment privilégié, et en plus de l'enregistrer très 'live' dans la même pièce, les vocals en direct etc, tout ça fait en sorte qu'on vit des moments très riches et cela se retrouve sur le ruban, et se sent sur l'album.

B&F: Pourquoi avoir choisi un titre aussi évocateur pour le titre de la chanson et de l’album éponyme ?

J.O: D'abord il y avait la chanson I'm Free, et je trouvais que ça pourrait être un bon titre pour l'album, mais surtout je trouvais que ça parlait aussi de mon expérience à New York. C'était la première fois que je vivais ailleurs que Montréal, et le fait de me déraciner comme ça faisait en sorte que je perdais les attaches, les attentes, les habitudes. Donc quand je montais sur scène pour des publics qui ne me connaissaient pas du tout je sentais vraiment une liberté de pouvoir me réinventer ou vraiment être moi-même étant donné que les gens n'avaient aucune pré-conception. Donc 'I'm Free' exprimait ça aussi.

B&F: Quel est votre plus beau souvenir musical ?

J.O: Un qui m'a beaucoup marqué serait d'avoir été en coulisse pour un spectacle de Ray Charles, de pouvoir l'entendre de très proche. Ray Charles dans toute sa carrière n'a pas utilisé de retours sur scène (haut parleur dirigé vers le musicien pour qu'il ou elle puisse s'entendre.) Donc ce que j'entendais était très doux, sa voix naturelle, non amplifiée, et pareil pour le reste de l'orchestre. Puisque j'étais en coulisse, je n'entendais pas vraiment le système de son, ç'était vraiment ce que lui entendait, et c'était complètement différent de ce qu'on a l'habitude d'avoir comme son sur scène. C'était déstabilisant, et beau.

B&F: Quels sont vos projets futurs, à court et long terme ?

J.O: Court et long terme ce serait de toujours évoluer, me pousser, prendre des risques, me déraciner aussi encore le plus souvent possible.

B&F: Quels sont vos écoutes du moment ?

J.O: En ce moment, je redécouvre Skip James que j'adore, et aussi des chanteurs 'soul' comme Donny Hathaway et Al Green.

B&F: I’m Free a été acclamé par la critique et vous avez récemment joué à guichet fermé au Festival International de Jazz de Montréal. Que retenez-vous de ces moments où le travail fini par être récompensé ?

J.O: Cet album a été un risque pour moi, côté musical, financier, personnel… J'y croyais, et l'expérience a été très riche et intense. De voir maintenant que c'est bien accueilli, que les ventes sont bonnes, que les gens aiment ça, c'est un sentiment très agréable et vraiment une bonne nouvelle.

B&F: Quel est l'artiste avec qui vous rêveriez de jouer ?

J.O: Ma relation avec la batterie est très importante, et c'est ce pourquoi mon dernier album est vraiment basée sur une collaboration avec Charley Drayton d'abord et ensuite une autre avec Tony Mason, deux batteurs que j'adore et que j'ai connu pendant mon séjour à New York. Donc un rêve pour moi serait de collaborer avec certains autres que j'admire énormément, Brian Blade, Steve Jordan, Bill Stewart par exemple.

B&F: Nous avons l'habitude de clore un article par une citation; Quelle est votre citation préférée ?

J.O: Je ne sais pas c'est de qui, mais dernièrement j'ai vu la citation: 'The definition of insanity is doing the same thing over and over again, but expecting different results'. J'y pense des fois dans le contexte de ma pratique musicale, mon évolution en général, pour l'écriture aussi. En effet, si on cherche à évoluer ou trouver des nouvelles idées, ce n'est peut-être pas en cherchant toujours de la même façon qu'on trouvera quelque chose de nouveau.

Propos recueillis par Alex Kaldani et Alexandre Ferrere.

Discographie:

  • Artiste(s): Jordan Officer
  • Album: I'm Free
  • Label: Spectra Musique
  • Format: CD
  • Année: 2014
  • Artiste(s): Jordan Officer
  • Album: Jordan Officer
  • Label: Spectra Musique
  • Format: CD
  • Année: 2010

Site de Jordan Officer: http://www.jordanofficer.com/

Publié dans Interview, Blues

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article