Chronique - Guitar Gabriel

Publié le par Alexandre F.

Chronique - Guitar Gabriel

Robert Lewis Jones, plus connu sous le nom de Nyles Jones ou de Guitar Gabriel, était un guitariste et chanteur américain de blues, malheureusement disparu en 1996. Fils d'un musicien itinérant, la vie de Guitar Gabriel sera également faite de voyages et de musique. Le blues est, comme il le dit, un sentiment naturel qui vient du plus profond du cœur. Son environnement familial n'est évidemment pas étranger à sa passion pour la musique: une arrière-grand-mère ancienne esclave qui jouait du banjo, un père et un oncle chanteurs de blues, une sœur chanteuse.... Faire de la musique était donc une manière naturelle de se retrouver et de s'exprimer.

Dés l'âge de 10 ans, Guitar Gabriel joue de la guitare et, vers 15 ans, il commence à jouer dans ce que l'on appelle les "medicine shows". Les "medicine shows" étaient ces stands de vendeurs ambulants, qui proposaient la plupart du temps des élixirs miracles. Afin de capter l'attention de possibles acheteurs, il n'était pas rare qu'un concert soit organisé. C'est dans cette ambiance vagabonde et sauvage que Guitar Gabriel fait ses premières représentations en public et qu'il achète sa fameuse toque en fourrure blanche. Ses voyages seront aussi l'occasion pour lui de rencontrer de nombreux musiciens, comme Bo Diddley, Muddy Waters et même Chuck Berry.

Son premier album est enregistré en 1970. Intitulé My South My Blues, c'est un des titres de celui-ci, The Welfare Blues, qui le fait connaître. Malgré les bonnes ventes de l'album (et surtout du single), Guitar Gabriel ne touchera pas d'argent. Quelque peu désabusé, il retournera chez lui, à Winston-Salem, pour jouer dans les églises, clubs et autres endroits publics... Il ira même jusqu'à jouer sous les abri-bus, pour les enfants rentrant de l'école !

En 1990, Tim Duffy, musicien et folkloriste, alla à la rencontre de Guitar Gabriel dans un bar. Ils vont jouer ensemble pendant quelques temps et Tim Duffy deviendra finalement un véritable soutien financier pour lui: entre autre, il l'aidera à payer ses factures, lui permettra de se nourrir et d'acheter des vêtements. Touché et conscient des difficultés que de nombreux musiciens talentueux comme Guitar Gabriel pouvaient rencontrer, il imagina la Music Maker Relief Foundation avec sa femme, en 1994, afin de promouvoir ces artistes encore inconnus.

Guitar Gabriel aura ainsi pu profiter d'une certaine couverture médiatique, lui donnant accès à des scènes prestigieuses comme celle du Carnegie Hall.

Le jeu de Guitar Gabriel est souvent considéré comme un mélange de Piedmont Blues et de Texas Blues mais il qualifie lui-même son style de Toot Blues. Le fingerpicking caractéristique de ce style n'est pas sans rappeler des guitaristes comme Reverend Gary Davis, avec une alternance de basses et une mélodie à la fois simple et agréable.

L'extrait proposé est dans cet esprit, à la fois aérien, moderne mais aussi authentique: L'originalité de Ain't Gonna Let No Woman vient du jeu propre à Guitar Gabriel; un rythme lancinant pour une mélodie presque étouffée, sur laquelle se perche une voix perçante:

Guitar Gabriel a été enterré avec sa guitare, comme il le souhaitait. Mais il n'aura malheureusement pas l'occasion de voir ce à quoi il a donné naissance: de nombreux artistes sont aujourd'hui reconnus grâce à la Music Maker Relief Foundation, dont la talentueuse Pura Fé.

Discographie:

  • Artiste(s): Nyles Jones
  • Album: My South My Blues
  • Label: Gemini Records
  • Format: Vinyl
  • Année: 1970
  • Artiste(s): Guitar Gabriel
  • Album: Guitar Gabriel - The Origin of The Music Maker Story
  • Label: Dixiefrog
  • Format: CD (+ DVD)
  • Année: 2009

The blues is instilled in every musical cell that floats around your body.
Nick Cave

Publié dans Chroniques, Blues

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